Bonjour,
Cet article va nous permettre de suivre de plus près les transformations de la métropole, en effet, rentré après 12 belles années sur Dublin, avec entre-temps une famille dont 3 enfants nés là-bas, notre regard sera aussi différent, nos besoins et contraintes ayant évolué. Ci-dessous vue du Golden Gate local, le spectaculaire Grand pont d’Aquitaine vu depuis Lormont.

Première impression, le coeur de ville rayonne et est très animé, nous sentons nettement que la population a fortement augmenté en Gironde, les rues et places grouillent de passants, nombre de secteurs sans vie comme les Bassins à Flots ou Bastide ont désormais une vie de quartier. Sur la rocade (entièrement à 2×3 voies), le trafic est constant et proche de la saturation, les lignes de transports ont une forte affluence, clairement Bordeaux a changé de dimension.



Sur place quel sentiment domine? La ville a pris de l’ampleur et s’est étendue en superficie. Cela est impressionnant sur le Lac (dont Ginko qui touche à sa fin et l’ilot IBM-Noeme), Auchan qui est en difficulté offre un gros gisement de foncier et la voirie démesurée devrait évoluer côté Bld Aliénor comme cela s’est fait côté Ginko.



Il y a aussi de nouveaux habitants et quartiers créés sur des friches industrielles et commerciales sur le secteur de l’OIN, de Mérignac Soleil (en partie car nombre de projets n’ont pas commencé) ou encore sur la rive droite: Belvédère et les Bassins à Flots, devenus assez animés.




Mais le contre-pied est de voir certaines zones peu agréables et fréquentables qui n’ont pas changé: ilots de chaleur, esthétique catastrophique: « la France Moche » et fonctionnalités très mal coordonnées, et visiblement sans projet immédiat: parmi ces secteurs:
- La place de Latule et tous les Boulevards Godard et Alfred Daney au nord, ainsi que le Boulevard Aliénor: pourtant le bus express H la traverse mais les travaux de voirie ont été refaits à minima.

- Les quais rive droite entre le pont Chaban Delmas et le siège de Sud Ouest (Coeur de Bastide), pour le coup prévus mais projet qui sera revu à la baisse par le nouveau maire car trop coûteux.


- Le quai de Paludate: dramatiquement abandonné par l’ex-municipalité, du coup les restaurants survivent difficilement (Halles Boca) et le quartier ne décolle pas, aussi en raison de mauvais choix tactiques du début de l’OIN (mettre des immeubles devant le fleuve qui en coupent la vue), même si l’ilot Guyart semble enfin bouger.




- Le Cours de la Marne et l’avant gare, les Capucins et la zone de Victor Hugo, devenus des repaires à clochards, commerces interlopes et trafics en tout genre. Nous avions connu la place de la Victoire avec ses bars basques et espagnols conviviaux fin 1990, début 2000, depuis il semble que la place est abandonnée…


- Une partie du centre historique aussi a particulièrement souffert de la dernière décennie laxiste sur la propreté: les deux tiers de la rue Ste Catherine, la place St Projet et désormais la rue de la Merci (par le passé assez animée avec un magasin de BD, et divers commerces, a désormais des enseignes bas de gamme et supérettes qui attirent tous les marginaux de la ville, cela semble s’étendre aussi sur l’esplanade rue st Sernin et vers l’arrêt de tram de Mériadeck.


- Sur la place Gambetta devant l’ex-Virgin en travaux (et le magasin Ducas dont l’immeuble en péril reste fermé), l’avenir du projet pose question face aux soucis financiers de son porteur, habitué des retards (Grand Hôtel, Auditorium, ilot Puy Paulin), cette fois la situation semble critique et la friche pourrait perdurer . Il y a ici urgence à sécuriser le centre-ville et les transports aussi, on a hélas les mêmes maux que sur Paris et les grandes villes. Il faut aussi agir sur les friches commerciales et immeubles en péril parfois depuis plusieurs années.


Pour les transports: la ligne F est au final assez commode et fonctionnelle, il serait intéressant de faire une double voie directe entre les arrêts Gaviniès et Palais de Justice pour la F et garder la A via Mériadeck, pour améliorer sa rapidité. Le bus H est assez rapide, même s’il manque du site propre entre les barrières st Médard et du Médoc, et que la place Ravezies est infernale. Le bus express I vers Gradignan depuis Pellegrin est en plein chantier, il sera étendu sur Mériadeck vers le Palais de Justice sur ce tracé potentiel justement.

La nouvelle équipe de Bordeaux Métropole (et à la mairie) va cependant avoir une forte contrainte: conjoncture économique locale comme internationale qui empire, et surtout l’ancienne mandature qui a laissé un lourd déficit, ce qui va contraindre à faire un mandat de gestion plus que de grands projets. Le téléphérique (projet fantaisiste) et celui des Allées de Tourny (intéressant mais à nos yeux pouvant attendre pour laisser les secteurs prioritaires en premier) sont annulés. Mais espérons que le tram depuis Cracovie via la rue Lucien Faure et au droit du pont levant vers Brazza se fasse au moins en phase 1 (sur les 5 tracés envisagés), celui-ci-dessous nous semble le plus cohérent. Au moins jusqu’à rejoindre la ligne A rive droite. Car aux moindre accident, chantier (pont de Pierre et été) ou manifestations (quasi hebdomadaires), les habitants de la rive droite sont coupés du centre-ville.

Concernant les anciens grands projets culturels présentés lors de la biennale Agora 2017, la majorité sont livrés et fonctionnent assez bien: Cité du Vin, très belle surprise du Musée Mer Marine et du Museum d’Histoire Naturelle ou encore des Bassins des Lumières. Bordeaux a aussi un vrai stade (un peu ex-centré et hélas avec un club en péril). La salle Arena et la Patinoire semblent avoir leur succès. Bordeaux métropole a plus de piscines (celle de Paludate en finitions et l’UCPA Stadium de Mérignac très qualitatif).






La gare malgré sa magnifique verrière restaurée reste sous dimensionnée: nous avons du coup une gare de Belcier insuffisante (et au design revu au rabais), et le projet de grande gare semblait se disperser dans des lubies de végétaliser un parvis pourtant saturé et manquant de place. La LGV fonctionne à plein régime et les travaux préparatoires au Sud de Bordeaux avancent, en espérant des élections nationales de 2027 pro-LGV pour ne pas retarder encore une fois le chantier vers Toulouse…

L’aéroport tente de regagner des galons dans les enquêtes de passagers mais nous attendons toujours le vrai terminal de jonction des halls A et B tué dans l’oeuf par la crise du Covid mais qui semble entrer enfin en chantier, idem pour l’Hôtel Sheraton qui a fait faillite devant l’aéroport et n’a pas de repreneur depuis quelque années.


On attend aussi toujours le « boulevard technologique » (mise en 2×2 voies de la route parallèle à la Rocade et entre le Haillon et Mérignac Beutre depuis l’avenue Marcel Dassault).

Nous avons enfin utilisé le pont Simone Veil, et avec recul, nous réalisons la naiveté et l’incompétence des élus qui séduits par des rendus 3D ont perdu plusieurs millions, notamment en choisissant le constructeur de moins-disant. Résultat: plus de 5 ans de retard, ce qui a pénalisé les travaux du pont Saint Jean, la rénovation du Quai de Paludate et du Bld Moga. Le jour du vrai Tour de France en 2026, en raison de la canicule une mince file de visiteurs a assisté au passage des vélos, loin de l’image 3d initiale. Idem où sont les arbres sur le pont?


Surtout quelle bêtise a permis au maire de Floirac de supprimer la sortie directe en ligne droite de part et d’autre de l’Arena, ainsi que la trémie rive droite (tandis que celle rive gauche est trop basse, encore une erreur alors que l’ancien tunnel faisait 4m sur les quais)… Faire une pile de moins en largeur aurait permis avec ce budget de mieux séparer la piste cyclable et piétonne des voitures. Actuellement, pour faire plaisir à l’architecte, tout le tablier est gris, comme une piste d’aéroport.

Du coup impossible de distinguer clairement la voie des bus de celle des voitures (alors que le pont Chaban ouvert en 2013 a utilisé un revêtement rougeâtre pour éviter la confusion). Nous avons pris 3 fois le pont Veil et 2 fois nous étions sur la voie de bus voire à contre-sens tellement le plan de circulation est incompréhensible… Espérons des aménagements de surface sur le pont pour abriter les piétons du vent et de la chaleur en été. Nous regrettons cependant que les autres projets bien meilleurs n’aient pas été retenus avec recul.

Ce pont est là, ce qui reste un progrès pour relier les rives. Mais pour tout futur ouvrage, il faut exiger des élus qu’ils achètent le foncier pour le débouché en direct (ligne droite) au droit du pont avant de lancer le projet. Pour le pont Chaban Delmas, idem, pas de voie directe dans son axe en rive droite, qu’attendent-ils pour exproprier?



Diverses déviations routières aussi comme celle de Saint-Jean d’Illac et la voie pour relier Martignas et St Jean d’Illac sur l’ouest de la métropole sont urgentes: les dramatiques incendies de l’été caniculaire ont montré à quel point Bordeaux manque d’itinéraires de secours lorsque les axes principaux sont fermés.

La canicule estivale aussi qui a duré près de 2 mois a été un retour sur terre pour les concepteurs de logements écologiques étanches basés sur le modèle nordique, qui prouvent leur erreur et la limite de ce concept (trop petites fenêtres, manque de ventilation): on a du coup de nombreuses bouilloires thermiques invivables en été. En effet la chaleur reste le soir, et la mode des clads en métal ou noir empirent le phénomène. Sans parler de la bêtise française de ne pas climatiser les bureaux, hôpitaux ou les écoles: la Cité Municipale par exemple qui avait un concept de Free cooling a eu besoin d’un système additionnel de rafraîchissement pour les agents de la mairie. Et les quartiers Niel et Brazza semblent continuer à utiliser ces bardages en tole isolés avec de la mousse posé sur du béton brut, au lieu de faire comme pour Canopia (ou ci-dessous Armagnac sud phase 2) des bardages de pierre claire (la phase 1 date des années 2008/15 sur la gauche).



Pour le reste, la ville reste belle, dynamique, la plupart des ruelles et placettes du centre-ville sont refaites et piétonnes (malgré la plaie des Fat-bikes et autres trottinettes pourtant interdits en ville. Il y a aussi un autre paramètre inquiétant qu’il va falloir prendre en compte plus sérieusement: la protection des commerces, équipements et des logements. Face aux manifestations de plus en plus violentes et incontrôlables, 80 commerces de la rue Ste Catherine et du secteur proche pillés, les futurs commerces devraient anticiper des possibilités de rideaux protecteurs plus robustes voire de fermeture possible en cas de risques (comme la Promenade Ste Catherine plus bas).


Maintenant sur place, cela est passionnant de voir les avancées des chantiers, et ne pas venir sur Bordeaux centre pendant près de 3 ans montre l’ampleur du chemin parcouru. Mais la majorité des réalisations restent celles planifiées depuis 2008 dans le Livre du Grand Bordeaux présenté sous Alain Juppé (les 3 B: Bacalan, Bastide et Belcier). Nous espérons un renouveau avec le maire et la métropole élus en 2026, mais le contexte politique et surtout économique (dette, tensions sociales et baisse des dotations) va fortement ralentir les projets, il va falloir apprends à se contenter de peu, espérons que le « peu » soit cohérent et bien réalisé.